Les évêques face à l’heure des choix
Du 18 au 20 juin 2026, les évêques de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) se sont réunis en session extraordinaire dans un contexte national marqué par les incertitudes, les blessures et les aspirations d’un peuple en quête de paix. Comme des veilleurs postés sur les remparts de la nation, ils ont scruté l’horizon congolais, observant les ombres qui s’allongent sur le destin collectif du pays.
Leur regard s’est d’abord porté vers l’Est de la République Démocratique du Congo, où les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu continuent de subir les affres de la guerre. Là-bas, les armes parlent plus fort que les paroles de réconciliation. Les rebelles, soutenus selon plusieurs rapports par le Rwanda, occupent encore des territoires, tandis que les populations civiles vivent dans la peur, l’exil et le deuil. Dans les plaines et les collines meurtries, les larmes des déplacés se mêlent à la poussière des chemins abandonnés. À cette tragédie s’ajoutent les massacres perpétrés par les ADF/Nalu au Nord-Kivu et en Ituri. Chaque attaque arrache des vies, détruit des familles et fragilise davantage le tissu social. Comme si cela ne suffisait pas, la résurgence de la maladie à virus Ebola rappelle la vulnérabilité des communautés déjà éprouvées par les conflits et la précarité.
Les évêques ont également relevé l’insécurité grandissante qui gagne plusieurs régions du pays. Du vol à main armée aux enlèvements, de la criminalité urbaine aux violences communautaires, le sentiment de peur s’installe progressivement dans le quotidien des citoyens. Pourtant, malgré les efforts entrepris par les autorités publiques, le niveau de vie de nombreux Congolais peine encore à s’améliorer. Les espoirs suscités par les immenses richesses du pays se heurtent souvent à la dure réalité du chômage, de la pauvreté et du coût élevé de la vie.
Face à cette radioscopie sans complaisance, les prélats catholiques ont lancé un appel à la responsabilité collective. Ils ont particulièrement exprimé leur rejet de toute tentative de révision ou de changement de la Constitution qui risquerait de compromettre les acquis démocratiques obtenus au prix de lourds sacrifices. Pour eux, la Constitution demeure le socle du pacte républicain, un rempart contre les dérives susceptibles de fragiliser davantage la cohésion nationale.
Les évêques sont également revenus sur la question du dialogue inclusif. Dans leur vision, celui-ci ne doit ni être un simple exercice politique ni une tribune de circonstance. Il doit devenir un espace authentique de vérité, de réconciliation et de construction nationale. Un dialogue où chaque voix compte, où les blessures sont reconnues et où les intérêts particuliers cèdent la place au bien commun.
Au terme de cette session extraordinaire, le message des évêques résonne comme une invitation à l’espérance responsable. Dans un Congo traversé par les tempêtes, ils rappellent que la paix ne naît pas seulement du silence des armes, mais aussi de la justice, du respect des institutions et de la volonté sincère de vivre ensemble. Telle une lumière discrète dans la nuit, leur parole cherche à éclairer le chemin d’une nation appelée à transformer ses épreuves en promesse d’avenir.
Yanick Nzanzu Maliro, Scj