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Les rebelles du M23 à Goma : il y a un an

Il y a un an, le 27 janvier 2025, Goma basculait. En quelques jours, la ville volcanique, déjà éprouvée par des décennies d’instabilité, tombait sous le contrôle des rebelles du M23. Ce ne fut pas seulement une défaite militaire : ce fut une déchirure humaine, morale et sociale dont les plaies restent béantes. En cinq jours à peine, près de 8 000 vies ont été fauchées. Paix éternelle à leurs âmes ! Des chiffres qui donnent le vertige, mais qui peinent encore à dire la profondeur du traumatisme : derrière chaque nombre, un visage, une famille, une histoire brutalement interrompue.

Depuis cette chute, Goma vit comme une ville aux poumons comprimés. L’aéroport, autrefois porte d’entrée et de sortie vitale, demeure fermé, isolant davantage une région déjà enclavée. Cette fermeture n’est pas seulement logistique : elle est symbolique d’un horizon bouché, d’un avenir suspendu. Les banques, elles aussi, ont baissé leurs rideaux. Avec elles, une part de la vie économique s’est figée : salaires impayés, épargne inaccessible, activités paralysées. L’argent a disparu des circuits officiels, remplacé par des systèmes de survie précaires, exposés à toutes les dérives.

L’insécurité, quant à elle, s’est installée comme une compagne quotidienne. Elle rôde dans les quartiers, sur les routes, dans les regards méfiants. La nuit n’est plus un temps de repos, mais d’angoisse. Vols, exactions, violences ciblées ou aveugles rythment une existence sous tension permanente. La peur est devenue un langage commun, partagé par tous, des plus âgés aux enfants qui ont trop vite appris à reconnaître le bruit des armes.

À cette insécurité s’ajoute une crise humanitaire d’une ampleur alarmante. Des milliers de déplacés internes s’entassent dans des camps de fortune, surpeuplés et insuffisamment approvisionnés. D’autres ont fui au-delà des frontières, devenant des déplacés externes, étrangers malgré eux. La promiscuité, la faim, les maladies et l’absence de perspectives pèsent lourdement sur des populations déjà fragilisées. Les organisations humanitaires, malgré leur engagement, peinent à répondre à l’immensité des besoins, entravées par l’insécurité et le manque de ressources.

Et pourtant, au cœur de ce paysage sombre, quelque chose résiste. Le peuple de Goma, meurtri mais debout, continue de vivre. La résilience n’est pas ici un mot abstrait : elle se lit dans les gestes simples, dans les marchés improvisés, dans les écoles qui rouvrent tant bien que mal, dans les prières murmurées et les solidarités discrètes. Elle se voit dans ces femmes et ces hommes qui, malgré la perte et la peur, refusent de céder à la fatalité.

Un an après la chute de Goma, le silence du monde reste assourdissant pour beaucoup. Mais la mémoire des victimes, la souffrance des déplacés et la dignité d’un peuple résilient appellent plus que jamais à la vérité, à la justice et à un engagement sincère pour la paix. Goma n’est pas qu’un champ de ruines : c’est une ville vivante, qui espère encore que l’histoire ne s’arrêtera pas à ce 27 janvier 2025. De ces cendres, elle va renaître.

Yanick Nzanzu Maliro, Scj

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