Le massacre de Ngadi, plus qu’un carnage : une atteinte aux origines vitales d’un peuple.

Massacre de Ngadi, qu’a dit le gouvernement ? Télé-silence comme toujours !

Il ne sera plus important de décrire le drame de Beni : tout le monde sait qu’à Beni la mort se promène dans les tentes des humains, que le gouvernement se tait à propos, que la politique internationale décide de se moquer des abandonnés arguant qu’il s’agit d’une affaire interne. Pourtant, il s’agit de l’humanité qui notre chaire commune, qui ne peut être enfermée dans les limites d’un Etat. L’homme c’est l’universel. Cet universel que l’on dénie à Beni. Abstenons-nous de traiter ici du Droit international humanitaire.

L’attaque d’hier a Ngadi a ce caractère particulier des membres d’un peuple particulier, les pygmées. Autochtones de la forêt équatoriale d’Afrique centrale, les pygmées représentent un peuple à protéger puisque longtemps marginalisés pour leur vie en symbiose avec la nature forestière, pour leur physionomie,…

Que l’attaque d’hier ait visé ce peuple, il ne saurait s’agir d’un fait courant, anodin comme le sont devenus les massacres à Beni. Bien plus, il s’agit d’un acte calculé et symbolique : tuer ostentatoirement des pygmées revient à radicaliser le cours de ces massacres, à lancer ce message que les tueurs sont prêts à éliminer les peuples visés jusqu’à leurs racines, jusqu’à ce qu’ils ont de protégé, d’originel. Il ne s’agit plus de tuer. De tuer seulement. Il s’agit d’effacer jusqu’aux traces de l’histoire d’un peuple. Il s’agit de dénier l’existence d’un peuple. Que c’est cruel. Et ce, pour quelle raison ? Quelle serait d’ailleurs cette aussi louable raison pour justifier d’actes de pareille teneur animale ?

Des pygmées cantonnés dans un camps, n’est-ce pas là un symbole de protection ? Ne répondons pas. Comment le saurions-nous dans un pays où les faibles sont laissés à ciel ouvert, à la merci des pluies torrentielles de la mort. Et ce qui choque davantage : dans le lot des massacrés, MANGESE. Ce nom représente le peuple pygmée. Il est la reconnaissance officielle de sortir ce peuple de l’oubli.

Artiste comédien et musicien, MANGESE est ce pygmée qui faisait parler pygmée à la toile des réseaux sociaux révélant au monde des préjugés que le pygmée est un homme qui rit et qui pleure, qui fait réfléchir, qui fait danser, qui amuse et non cet animal perdu dans la forêt. MANGESE représentait donc la dignité d’un peuple, son droit de vivre avec les autres hommes, son droit de jouir de son humanité. Tuer cet homme, c’est donc plus que tuer… C’est ce qu’on ne saurait dire avec les mots. C’est ce qu’il faut taire puisqu’immonde pour être dit.

Bref, cette mort qui affirme sa vie à Beni a déjà finit de fatiguer, d’effrayer, d’horrifier. Désormais, elle affronte l’indescriptible, l’indicible, l’inimaginable. Et cette dernière attaque n’en est que le paradigme. Qu’en dire sinon « Paix aux âmes des massacrés « ?

Blaise Mukama Londo

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