Et l’Etat congolais dans tout ça ? De l’efficacité de notre système de santé
La santé constitue l’un des indicateurs les plus révélateurs de la capacité d’un Etat à assurer le bien-être de sa population. En République Démocratique Congo, les crises sanitaires récurrentes, les épidémies, les conflits armés et les difficultés d’accès aux soins renvoient à une question fondamentale celle de savoir où est l’Etat congolais dans la gouvernance du système de santé?
Depuis son adhésion à l’objectif de la Couverture Santé Universelle en 2009, la RDC a multiplié les reformes visant à améliorer l’accès aux soins et à réduire les inégalités sanitaires. Cependant, les résultats obtenus restent contrastés. Comme le souligne Alexis Nyamugira, « malgré des avancées dans certains indicateurs de santé, la protection financière des ménages demeure insuffisante et les dépenses directes des patients continuent de constituer une source majeure de financement de soins ». Cette situation traduit une faible capacité de l’Etat à assumer pleinement son rôle de garant du droit à la santé.
L’efficacité d’un système de santé se mesure exactement par sa capacité à offrir des soins accessibles, de qualité et financièrement supportables. Or, en RDC, l’accès aux services de santé dépend encore sensiblement de la situation économique des ménages. Bien que le gouvernement ait lancé plusieurs initiatives de gratuité, notamment pour les accouchements et les soins maternels dans certaines provinces, leur mise en œuvre demeure confrontée à des défis de financement et de pérennisation.
Par ailleurs, l’Etat congolais continue de dépendre largement de l’aide extérieure pour le financement du secteur sanitaire. Cette dépendance soulève des interrogations sur la souveraineté sanitaire du pays. Dans ce contexte, la situation demeure encore plus préoccupante dans les provinces affectées par les conflits armés à l’instar du Nord-Kivu, de l’Ituri et Sud-Kivu. Dans ces régions, les infrastructures sanitaires sont régulièrement détruites ou abandonnées, tandis que les populations déplacées peinent à accéder aux soins essentiels. Le rapport annuel 2024 de l’Organisation Mondiale de la Santé souligne que plus de cinq millions de personnes touchées par les crises humanitaires ont nécessité une assistance sanitaire d’urgences en RDC.
Cependant, nous serions trop pessimistes d’affirmer que l’Etat est totalement absent d’autant plus que la récente adoption du Plan National de Développement Sanitaire et de la relance de la Couverture Santé Universelle témoignent d’une volonté politique de renforcer le système de santé.
Toutefois, la véritable question n’est pas seulement la présence de l’Etat, mais celle de son efficacité. Un Etat peut être présent dans les textes et les stratégies sans être suffisamment performant dans l’exécution. L’écart entre les ambitions affichées et les réalités observées sur le terrain demeure considérable.
En conclusion, l’efficacité du système de santé congolais reste un chantier inachevé. L’Etat a posé des jalons important vers une meilleure couverture sanitaire, mais il peine encore à traduire ses engagements en résultats durables pour l’ensemble de la population.
Maître Serge Kikamatha, Défenseur judiciaire et prêtre Anglican.