Après la guerre ! Toujours en guerre !
La paix n’est pas une évidence : elle est une conquête fragile, souvent silencieuse, toujours exigeante. « La paix est la seule chose qui mérite qu’on se batte pour elle », disait un auteur de chez nous. Paradoxe fécond : se battre pour que cesse tout combat. Ceux qui sont nés dans le fracas des armes le savent mieux que quiconque. Ils ont grandi avec la peur comme horizon, avec le deuil comme langage, et ils portent en eux cette certitude grave : la guerre est la pire défaite de l’humanité.
La guerre, en effet, ne surgit jamais de nulle part. Elle naît du malentendu entretenu, de l’incompréhension cultivée, de l’orgueil de dirigeants qui confondent puissance et sécurité. À force de croire que la paix se construit contre l’autre, certains finissent par la détruire pour tous. N’aime la guerre que celui qui a perdu le sens de la vie, ou qui n’en mesure plus le prix. Car la guerre ne résout rien durablement : elle déplace les blessures, elle creuse les haines, elle hypothèque l’avenir.
Déjà au XVIIᵉ siècle, Hugo Grotius tentait d’introduire un peu de raison dans cette déraison. Avec son De jure belli ac pacis, il posait les bases d’un droit de la guerre, cherchant à en limiter les excès, à protéger les innocents, à rappeler que même dans le conflit, l’homme ne cesse pas d’être homme. Mais quelle ironie tragique : devoir réglementer la violence plutôt que l’éradiquer. Le droit de la guerre apparaît alors comme un aveu d’échec autant qu’un sursaut de conscience.
Aujourd’hui encore, les tensions internationales nous rappellent combien cette réflexion demeure actuelle. Entre la Russie et l’Ukraine, la guerre s’enlise, broyant des vies et redessinant les équilibres mondiaux. Au Moyen-Orient, la paix semble toujours différée, comme si l’histoire refusait de refermer ses blessures. Et chez nous, en République Démocratique du Congo, la guerre est devenue une maladie chronique, une plaie ouverte que les générations successives héritent sans l’avoir choisie.
Face à cela, la paix ne peut être un simple slogan. Elle est un devoir moral, une responsabilité politique, une urgence humaine. Elle exige du courage : celui de dialoguer quand tout pousse à s’affronter, celui de comprendre quand il serait plus facile de condamner, celui de construire quand tout semble déjà détruit. La paix a un prix, oui ; mais la guerre en a un infiniment plus lourd, et c’est toujours le peuple qui le paie.
Alors, s’il faut se battre, que ce soit pour la paix : non pas avec les armes de la haine, mais avec celles de la justice, de la vérité et de la dignité. Car au bout du compte, la seule victoire qui vaille est celle qui rend la vie possible. C’est que nous avons compris et c’est pour cela que nous y revenons dans ce numéro.