Quand l’humanité flirte avec sa négation : la violence comme impuissance de la puissance
Le monde est en feu. Loin d’être pleurnicharde, cette affirmation est un alarme face à un monde qui, dans l’indifférence générale, semble s’habituer à la violence. On aurait cru que la violence fait partie de la nature humaine et que ces monstruosités causées par les guerres d’ici et d’ailleurs sont normales.
Il y a un temps, quand on parlait de guerre, on pensait directement au Congo et son « Kivu malade » ou au Sahel victime d’une idéologie religieuse extrémiste ou encore à l’Ukraine obligée de payer le lourd tribut de la loufoque des « puissants » de ce monde. Aujourd’hui, il n’en est pas le cas. C’est désormais tout le monde qui se sent ou qui peut se dire être en guerre. Les foyers de tensions ont pillulé, les conflits qui semblaient régionaux ont pris des allures mondiales.
Le contexte est donc celui de la mondialisation de la puissance devenue mondialisation de l’insécurité. Plus personne n’est à l’abri : ni les grandes capitales, ni les petites villes, ni les civils sans défense. Un missile peut traverser un ciel en quelques minutes, un drone peut surgir sans avertir, une décision prise à des milliers de kilomètres peut bouleverser des vies anonymes. N’importe qui peut être frappé par n’importe qui, n’importe quand. Et tout ce que l’on sait c’est que l’on ne sait comment puisque chacun prend son temps à améliorer son artillerie lourde. Au fait, dans le tumulte des frappes américaines contre des intérêts iraniens ou pro-iraniens, dans l’engrenage de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza, se révèle tragiquement ce que l’on pourrait appeler, reprenant ici l’expression du sociologue politiste français Bertrand Dadié, « l’impuissance de la puissance » : les nations les plus armées, les plus stratégiques, les plus technologiquement avancées démontrent leur force, mais ne parviennent pas à instaurer la paix ni à garantir la sécurité durable. Voilà le vrai visage de notre temps : une humanité surarmée, mais profondément exposée.
Partant, notre revue mensuelle « J’écris, je crie », dans ce numéro veut encore une fois tirer la sonnette d’alarme face à ce monde de plus en plus violent. Analysant la dynamique de la violence et faisant une radioscopie du contexte lu à partir de la Bible et du Coran, les différents articles montrent clairement que la puissance frappe, mais elle n’apaise pas ; elle dissuade parfois, mais elle n’empêche pas la spirale de la peur. Et dans cette logique de représailles, de calculs géopolitiques et d’alliances mouvantes, la vulnérabilité devient universelle puisqu’en fait, face à la violence, nous sommes tous faibles.
P. Yanick Nzanzu Maliro, Scj