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« Pour une pastorale du témoignage social en Afrique »

« Pour une pastorale du témoignage social en Afrique »

La foi au Christ n’est pas une évasion du monde réel pour un monde illusoire qui frôlerait l’« oppium du peuple », dans le sens d’une fuite de responsabilité sociale et humaine. Bien au contraire, croire au Christ engage l’homme dans et pour la vie concrète. Le Christ n’a pas demandé à son Père de retirer ses disciples du monde, mais de les garder du Malin (Jn). Certes, les chrétiens sont citoyens du ciel, mais ont appelés à aimer Dieu en aimant le monde où ils sont envoyés. Face aux multiples accusations contre les premiers chrétiens, Justin le Martyr, affirmait non sans raison que les chrétiens sont de braves citoyens sur lesquels pouvait compter l’Empire. Et l’histoire a montré combien les convictions chrétiennes ont façonné des sociétés dans la lutte contre la misère et la pauvreté. En effet, la « fuga mundi » des moines ne les avait pas empêché d’être des bâtisseurs des villes et agglomérations, grâce à leur règle de vie : Ora et Labora. L’Europe est d’ailleurs fondée en grande partie sur les efforts de la vie monastique et de l’engagement social de l’Eglise.

L’Afrique est aujourd’hui très christianisée et plusieurs Eglises locales ont célébré leur centenaire d’évangélisation, il y a une décennie. La foi y est même vécue et exprimée avec beaucoup de ferveur alors qu’elle semble décliner dans les pays d’ancienne chrétienté. Cependant, une observation inquiète : la pauvreté et la misère humaine et sociale ne cessent de grimper dans une Afrique ainsi christianisée. La mauvaise gouvernance, la corruption, les luttes interethniques, l’égoïsme, le banditisme urbain ne sont-ils pas là la contradiction flagrante des valeurs chrétiennes ? C’est l’enjeu de la déclaration de l’illustre Cardinal Malula, d’heureuse mémoire : « Si le pays n’évolue pas, c’est parce que nous chrétiens, nous avons échoué ». C’est la responsabilité sociale du chrétien, mieux son témoignage qui est ici remis en question, d’une part et stimulé, d’autre part.

Dans beaucoup des pays africains, les écoles sont tenues par l’Eglise catholique ou d’autres églises chrétiennes. Les chefs d’Etat, les ministres, et les administratifs et toutes les élites qui gèrent la chose publique aujourd’hui ont donc en majorité si pas tous été façonnés dans une éducation chrétienne reçue en famille et à l’école. Que font-ils des valeurs chrétiennes d’honnêteté, de service, d’humilité, du bien commun, etc. ? Le feu cardinal camerounais Christian Tumi, lors d’une émission télévise, exprimait sa déception face à l’élite politico-sociale chrétienne et catholique qui brille par les détournements des deniers publics, le clientélisme et la corruption.

Quelle est donc la responsabilité de chrétiens africains, clercs et laïcs, dans cette décadence humaine, cette misère morale et cette haine dans les cœurs qui fragilisent nos pays, nos sociétés et nos relations interpersonnelles ? Il est évident que nous avons failli à notre devoir d’être sel de la terre et lumière du monde (). D’où l’urgence et la nécessité d’une pastorale du témoignage social et d’une lutte contre un christianisme de façade, se limitant aux cultes et aux rites, resplendissant sur les places et les réseaux sociaux mais incapable de transformer en profondeur l’homme congolais et africain. L’Eglise et par là les chrétiens ont une responsabilité face au monde dans lequel ils doivent briller comme des astres brillant dans l’obscurité. La théologie latino-américaine de la libération et la théologie « sous l’arbre » de Jean Marc ELA nous ont appris que la foi chrétienne peut et doit inventer une société humaine où il fait beau vivre. « Chrétiens, soyez dignes de votre nom, et apportez la vie du Christ où vous vivez », lançait un leader religieux.

Louange KAHASI, poète et nouvelliste congolais

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